SO LONG BRUCE CRUMP

Bruce Crump est décédé le 16 mars 2015 ; la cause de sa mort n’a pas encore été révélée. Le frappeur de Molly Hatchet avait cinquante sept ans. Difficile d’établir sa biographie tant le bonhomme était discret. Né le 17 juillet 1957 à Memphis, l’autre capitale musicale du Tennessee, Bruce est élevé en Floride, dans la région de Jacksonville et de St Augustine. Attiré très jeune par tout ce qui est percussion, il lui faudra attendre le lycée et que ses économies soient suffisantes (Bruce multiplie alors les petits boulots pour se faire de l’argent de poche) pour pouvoir s’acheter un kit de batterie. Il assiste un jour au concert de la première formation de Molly Hatchet et il est séduit par l’énergie que dégagent déjà ces jeunes musiciens. Un peu plus tard, par des amis communs, il apprend que leur batteur quitte l’aventure. Bruce se présente alors pour combler le poste vacant de frappeur en chef et tout le monde connaît la suite de l’histoire.

Bruce Crump participera à l’aventure de Molly Hatchet de 1976 à 1982, il jouera sur les quatre premiers albums du groupe et collaborera à la composition de plusieurs morceaux (« Trust Your Old Friend », « The Creeper », « Whiskey Man », « Boogie No More », « Few And Far Between » et quelques autres).

En 1983, Bruce quitte Molly Hatchet pour tenter sa chance en Californie ainsi qu’au Canada où il joue avec le groupe Streetheart. Il retourne chez Miss Molly en 1984 et ne la quittera plus jusqu’en 1990, année où les Hatchet Boys décident de s’octroyer une pause d’un an (qui durera en réalité plusieurs années). Il rejoint naturellement en 2005 les rangs du Gator Country Band avec ses anciens collègues de Molly Hatchet. Cependant, la vie ne l’épargne pas. En 2003, on lui diagnostique un cancer de la gorge alors que Bruce est père d’un jeune enfant de dix huit mois et que sa femme est enceinte du deuxième. Un comble pour quelqu’un qui n’a apparemment jamais commis d’excès et s’est toujours concentré sur sa forme physique. D’ailleurs, dans une interview, John Galvin le décrivait comme un mec discret, vivant dans sa bulle et ne participant pas aux dérapages des autres membres du groupe. D’après lui, Bruce Crump faisait attention à ce qu’il mangeait (il n’allait pas au restaurant avec ses potes et il préparait sa propre nourriture), buvait de l’eau en bouteille et travaillait de façon très stricte son body building. De méchantes langues affirment à ce sujet que Bruce aurait peut-être abusé des stéroïdes, ce qui lui aurait refilé cette saleté (il est vrai que, quand on regarde les pochettes arrière des deux premiers albums d’Hatchet, la différence est frappante : légèrement enrobé et bedonnant sur la première, Bruce apparaît avec des biceps énormes et gonflés sur la seconde).

Bruce luttera des années contre la maladie et souffrira des séquelles causées par les traitements. Malgré tout, il continuera son boulot de batteur jusqu’au bout, rejoignant les groupes White Rhino et China Sky (récemment reformé) et développant un site Internet de cours de batterie. Récemment, Bruce avait alimenté la controverse sur le Net par sa querelle avec Bobby Ingram, accusant ce dernier de lui avoir proposé un poste de « sideman » moins rémunéré au sein de Molly Hatchet, ce qui n’était pas d’une grande élégance envers un ancien membre fondateur du groupe. Il avait même promis d’écrire un livre dénonçant les « agissements » d’Ingram ; il n’en a pas eu le temps. Bien sûr, les dernières photos mises en ligne nous montraient un Bruce légèrement amaigri mais paraissant quand même en bonne forme. Et puis là, d’un coup, cette triste nouvelle.

Alors, que dire pour lui rendre hommage ? Tout simplement qu’il  était un métronome vivant ! A mon sens, Bruce Crump a toujours été sous-estimé car on trouvait son style simpliste. Pourtant, dans un groupe comptant trois guitaristes et un bassiste qui jouent bien souvent des lignes mélodiques différentes, il faut bien que le batteur garde les pieds sur terre et se concentre sur le tempo sinon c’est le foutoir. Bruce tapait juste, sans fioritures mais avec talent. Pour preuve, il n’y a qu’à réécouter son travail sur « It’s All Over Now ». Une frappe parfaite et efficace, une batterie sèche et carrée. Quelques pêches à contretemps par ici, quelques roulements de caisse claire par là mais un tempo d’acier vif et soutenu.

Et les contretemps grosse caisse/charleston sur le break de « Bounty Hunter » (juste après le solo), il fallait les trouver ! Et la batterie hypnotique sur « The Creeper ? Chapeau ! Et « Beatin’ The Odds » ? Quel rythme ! Et le martèlement infernal sur « Boogie No More », qui en était responsable ? Je me souviens du concert de Molly Hatchet à l’Elysée Montmartre en 1990 : Bruce cognait puissamment; ça cartonnait méchant !

Alors, même s’il ne rivalisait pas avec Ian Paice ou Carmine Appice, Bruce Crump était un super batteur de rock. Et comme il l’a lui-même affirmé dans une interview, il a toujours vécu grâce à son instrument, ce qui n’est pas donné à tout le monde.

Alors, bravo Mister Bruce et merci pour les joies que vous nous avez données !

Danny Joe Brown, Duane Roland et Riff West sont ravis. Il leur manquait un batteur : ils l’ont, maintenant !

Olivier Aubry

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